Trois poèmes de Pierre Reverdy (2014)

soprano, flûte en sol
durée : 20′

dédié à Anne Delafosse et Françoise Ducos

création le 9 avril 2016 au Temple de l’Etoile (Paris 17ème), par Anne Delafosse et Françoise Ducos

Partition : Tetraktys Publishing

Enregistrement : 22/09/2016 Eglise du St Nom de Jésus, Lyon

Descente

Les mots qu’on échange

Un seul moment

 

DESCENTE        (SOURCES DU VENT)
Eau
gaze
étoile
Halo
Tout ce qui est mort sur la toile
La grotte à l’horizon
Le ruisseau
Le monde qui se fond
Derrière ce tableau
Finir devant la haie
Pas plus loin que l’endroit où le chien regardait
Le ciel plein de lueurs qui saignent
Le chemin sous la pluie
Tes cheveux embrouillés
Les arbres qui se plaignent

LES MOTS QU’ON ÉCHANGE    (PIERRES BLANCHES)
Une ligne barre la route
On voudrait passer
L’ombre qui me suit vient de s’arrêter
Le mur tourne
Il y a peut être quelqu’un

Je suis plus calme que le ciel
Aucun bruit ne m’émeut
Seul
Au milieu du chemin

Le paysage ne ressemble à rien
Plus aucun souvenir
Je commence
La rivière chante à coté de moi

En partant nous étions trois
Mon ombre et moi
Et toi derrière

A présent il y a trop de lumière
Le jour
Et devant moi
Quelqu’un que je ne connais pas

– Passe dans la prairie –

Un oiseau chante

La solitude est comme la mort
Un monde nouveau qui s’endort

Le pays où brille la lune

UN SEUL MOMENT           (SOURCES DU VENT)
Aucun souffle sur l’occident
Les notes viennent de plus loin
Tous ceux qui meurent
Dans le lointain
Au même instant
Tous ceux qui pleurent
Des voix passent comme le vent
On regarde sans rien voir
Devant soi
L’air même devient noir
Il n’y a plus qu’une étincelle
Au ciel
Une flamme pareille
Et ton regard
La lampe et la soirée
Que l’on éteind plus tard

Poésie limpide – apparente simplicité et expressivité contenue -, en associations de mots, d’images et de sons dans une forme libre et discontinue, la langue de Pierre Reverdy recèle déjà une matière profondément musicale.

Descente joue sur les vitesses et les temps superposés, à la manière d’un motet médiéval à la polyphonie déliée (voix, motetus ; flûte, duplum) : diction syllabique du texte ; chaque vers suggère une émotion/image traduite en couleur/ harmonie.

Les mots qu’on échange. Cette pièce est conçue autour de trois personnages évoqués dans le poème et en particulier dans la strophe centrale : « En partant nous étions trois / Mon ombre et moi / Et toi derrière ». La voix est écrite en style parlando, « comme un récitant ». Tout repose sur l’écriture monodique de la flûte : évolution, en toile de fond d’une couleur « halo », sur des échelles spectrales, entre inharmonique et harmonique, en relation avec la clarté/obscurité des paysages du poème. La pièce a été élaborée grâce aux possibilités du système en 1⁄4 de ton Kingma.

Un seul moment. Contrairement à Descente, Un seul moment propose une écriture de la voix particulièrement mélismatique. Chaque mot reçoit un traitement spécifique et la musique cherche à créer des correspondances sonores « à distance », en relation avec la structure phonétique du poème. La flûte, tour à tour, accompagne le jeu de la voix en l’enveloppant d’harmonies ou bien se développe indépendamment comme illustration et « décor ». On retrouve là aussi, les temps et métriques superposés.